Le Grand Commandeur de l’Ordre en dialogue avec le Cardinalis Patronus Gianfranco Ghirlanda S.J.

12/03/2026

À partir du processus de réforme lancé en 2022, l’interview revient sur les thèmes fondamentaux pour l’Ordre religieux millénaire qui œuvre dans le monde entier pour défendre la foi et servir les plus démunis.

Nous publions et diffusons en avant-première l’interview-dialogue entre le Grand Commandeur de l’Ordre souverain militaire de Malte, Fra’ Emmanuel Rousseau, et le Cardinalis Patronus Gianfranco Ghirlanda S.J., dans laquelle sont mis en avant l’esprit de collaboration et la synergie des relations. L’interview sera publiée dans le prochain numéro de L’Orma .

Excellence, Fra’ Emmanuel Rousseau, où en est le processus de réforme lancé avec la nouvelle Constitution de 2022 ?

Depuis 2022, l’ensemble du gouvernement de l’Ordre a consacré beaucoup d’énergie et de ressources à la consolidation du parcours de renouveau spirituel encouragé par le pape François et confirmé aujourd’hui par le pape Léon XIV. Il s’agit d’un processus qui nous aide à souligner notre nature religieuse, en renforçant la dimension spirituelle et le rôle des membres qui ont prononcé leurs vœux. Il ne s’agit pas seulement d’une mise à jour normative, mais d’un renouvellement profond qui demande du temps, du dévouement et de la prière. En cela, nous avons la chance et l’honneur d’être accompagnés par le cardinal Ghirlanda, expert en droit canonique, qui possède une longue expérience auprès d’autres instituts religieux et qui a joué un rôle fondamental dans la rédaction de la nouvelle Constitution et du Code de l’Ordre.

Éminence, cardinal Ghirlanda, quels sont les évolutions du processus de réforme ?

J’étais conscient dès le début que nous allions nous engager dans un parcours progressif, nécessitant équilibre et vision de la part du gouvernement de l’Ordre, appelé à réorganiser la vie des Chevaliers profès, issus d’une richesse et d’une hétérogénéité d’expériences culturelles très différentes les unes des autres. Dans un contexte complexe en termes de vocations, comme celui d’aujourd’hui, il est nécessaire de comprendre le caractère unique de la vocation de l’Ordre et d’en valoriser les spécificités dans le but ultime de renforcer la mission de défense de la foi et de service aux plus démunis, comme le dit la devise de l’Ordre.

Fra’ Emmanuel Rousseau, quelle est la priorité stratégique à cet égard ?

Le plus grand défi consiste à accompagner les nouveaux aspirants, venant du monde entier, dans la compréhension et le choix de la vie religieuse. Cela exige une formation solide et un discernement authentique, thèmes que nous abordons en coordination constante avec le cardinalis patronus, fin connaisseur de la vie spirituelle. À ce propos, nous sommes surpris que certains articles de presse, vis-à-vis desquels je prends fermement mes distances, au nom du Grand Maître et de tout le Souverain Conseil, insinuent des doutes sur la loyauté du cardinalis patronus à notre égard, loyauté que nous n’avons jamais remise en question. Au contraire, nous ressentons concrètement son soutien et sa proximité spirituelle, tout comme celle, paternelle, du Saint-Père Léon XIV.

Cardinal Ghirlanda, que signifie aujourd’hui promouvoir le bien spirituel de l’Ordre, comme le rappelle l’article 5 de la Constitution ?

Tout d’abord, cela signifie soutenir le travail quotidien d’un Ordre dont la vocation est de plus en plus mondiale, en reconnaissant toute sa complexité. C’est pourquoi je continue à assurer toute ma proximité spirituelle à l’Ordre de Malte et à son gouvernement dirigé par le Grand Maître Fra’ John Dunlap. Au cours de ces années, j’ai pu constater le travail précieux qui est accompli dans plus de 130 pays à travers le monde, en cas d’urgences, de catastrophes naturelles, de conflits, au secours des formes de pauvreté les plus diverses. À Lourdes également, lors du pèlerinage annuel organisé par l’Ordre de Malte, j’ai pu constater directement le service inestimable qui est rendu à des milliers de malades avec un soin et un dévouement extrêmes. C’est pourquoi je me sens tenu de condamner ouvertement le caractère déformant de certains articles dénigrants qui ne représentent en rien le travail mené par les membres du gouvernement de l’Ordre, leur capacité de gestion, leur intégrité et leur droiture morale. Il faudrait plutôt rendre compte du travail accompli à travers l’activité diplomatique et les œuvres humanitaires dans le monde entier, ainsi qu’en Italie par l’Association, à travers l’hôpital de la Magliana, et par le Corps de secours, en première ligne en Méditerranée et aux côtés de dizaines de milliers de pauvres dans toutes les régions de notre pays.

Fra’ Emmanuel, les œuvres humanitaires sont-elles donc le véritable visage de l’Ordre de Malte ?

La mission au service des plus fragiles, que nos 13 500 membres, ainsi que plus de 200 000 bénévoles et employés, poursuivent même dans les coins les plus reculés de la planète, est ce qui démontre et rend visible notre foi. Comme nous le lisons dans la Lettre de saint Jacques : « Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi, par mes œuvres, je te montrerai ma foi », nos œuvres ne seraient pas possibles sans notre charisme fondateur fondamental. L’Ordre de Malte est avant tout un ordre religieux et c’est de la spiritualité que notre mission humanitaire tire sa force et son espérance, une organisation vaste et complexe qui se nourrit du travail de toutes les associations et entités agissant sous l’égide de la croix à huit pointes. À cela s’ajoute l’activité intense du réseau diplomatique qui soutient et facilite les projets humanitaires, tout en apportant une contribution importante à la promotion et à la défense du droit international humanitaire, à une époque où des témoignages crédibles sont nécessaires dans les scénarios de crise actuels de plus en plus dramatiques.

Cardinal Ghirlanda, est-ce cette diversité d’expériences qui caractérise l’Ordre de Malte au troisième millénaire ?

Tout à fait. Et tandis que nous voyons fleurir et se multiplier avec une richesse et une qualité extraordinaires les œuvres humanitaires, et que se développent les relations diplomatiques et les accords de coopération, nous pouvons être reconnaissants pour le travail formidable accompli par le gouvernement de l’Ordre et par toutes les personnes qui en font partie. Il convient de le esoutenir et de l’accompagner par la prière et la solidarité.

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