Le pèlerinage est d’autant plus difficile à décrire qu’il constitue une expérience humaine et spirituelle aux multiples facettes.
Le pèlerinage international de l’Ordre de Malte à Lourdes est, à première vue, une organisation bien huilée au service d’un voyage dans un autre univers : celui de la maladie et du handicap. C’est aussi un séjour marqué par des moments de détente et des situations cocasses. Mais c’est surtout, pour beaucoup, un lieu riche en expériences spirituelles marquantes.
En synthèse, on peut affirmer que ce pèlerinage est une occasion privilégiée et propice à l’incarnation de la spiritualité de l’Ordre, à savoir la rencontre du Christ à travers le service aux malades.
Une organisation bien huilée
Avant le départ, le pèlerinage est une mécanique complexe, faite de coordination internationale pour définir les programmes et répartir les locaux. C’est aussi un travail considérable de préparation, destiné à prendre en compte les spécificités de chaque malade, organiser les transports, gérer les inscriptions, etc.
En termes de chiffres, enfin, le pèlerinage 2026, c’est 7 500 participants provenant de 44 pays, dont 1 300 malades — avec 60 % de moins de 35 ans — accompagnés par plusieurs centaines de bénévoles, dont 450 professionnels de santé et 280 religieux. En 2024, les groupes les plus importants venaient de France (1 300 participants), d’Italie (1 300) et des États‑Unis (1 100).
Durant le pèlerinage, une organisation rigoureuse est également indispensable pour assurer notamment la gestion des transports, du matériel, des soins médicaux et le bon déroulement des cérémonies.
Dans chaque salle de malades, les responsables ont la lourde charge de répartir les rôles et d’établir les plannings afin de garantir une continuité d’accompagnement des malades en toute sécurité.

Une organisation qui vise aussi à apporter un support aux hospitaliers et futurs hospitaliers
Pour les plus jeunes, de 7 à 17 ans, pages et cadets, une organisation spécifique est mise en place.
Pour les hospitaliers, à partir de 18 ans, qui viennent pour la première fois, un système de parrainage permet de s'assurer de leur bonne intégration. Une approche qui paraît répondre efficacement à cet objectif, comme semble le prouver les retours qui nous parviennent :
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« Mon premier pèlerinage à Lourdes avec l’Ordre de Malte était incroyable. Que se soit avec l’équipe ou avec nos seigneurs les malades, je me suis sentie acceptée dès les premiers instants. C’était ma première expérience à Lourdes, et j’aurai pas pu imaginer toutes les émotions que j’ai éprouvées là-bas. »
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« Je suis très contente d’avoir vécu cette première expérience à Lourdes en pèlerinage avec Malte. Je me suis sentie aidée et mise à l’aise. Ma marraine m’a très bien accompagnée dans mes débuts. Je me suis même trouvé une autre marraine spirituelle qui m’a accompagnée dans les temps de prière et m’a montré les soins apportés à nos seigneurs malades. L’équipe d’hospitaliers est très soudée et j’ai compris cet univers familial qui se crée depuis quelques années. »
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Un voyage dans un autre univers
Comme pour tout pèlerinage, il s’agit de sortir de son « chez soi » pour aller vers un « ailleurs ». Dans le cas de Lourdes, on se trouve plongé instantanément dans une ville conçue pour les malades et dans une proximité extrême avec ceux que l’on accompagne.
La majorité des participants sont ainsi plongés dans un monde tellement inhabituel qu’ils se trouvent mis à distance de leurs soucis et de leurs préoccupations courantes. On pourrait dire qu’il est très probable que l’on trouve dans ce pèlerinage ce que beaucoup cherchent quand ils partent en vacances : cette mise entre parenthèses, cette prise de recul par rapport à leurs soucis du moment.
Ceci est d’autant plus net que le système de santé tend à créer une séparation de plus en plus grande entre malades ou handicapés et bien portants. Ainsi, par exemple, excepté pour les professionnels de santé ou pour ceux qui vivent avec un malade dans leur environnement proche, les occasions de prendre en charge la toilette d’un malade sont quasiment inexistantes.
Avec ses moments de détentes
Heureusement, même si les différentes tâches d’aide et d’accompagnement des malades peuvent être éprouvantes, les moments de détente sont nombreux .
A l'occasion d'un repas entre hospitaliers par exemple :

ou le temps d'une photo :

mais aussi bien sûr avec les malades :

Un voyage souvent marqué par des combats spirituels
Avant de s’inscrire, de multiples raisons peuvent nous pousser à reporter la décision : disponibilité incertaine aux dates prévues, coût du pèlerinage, obligations familiales ou professionnelles, etc.
À l’approche du départ, certains se demandent pourquoi ils ont eu la « mauvaise idée » de s’inscrire dans cette galère…

D’autant plus que des imprévus arrivent au mauvais moment, que l’on n’est pas sûr d’être à la hauteur, ou encore que l’on n’est pas inscrit pour le service ou la salle que l’on souhaitait. Pour faire court, sans qu’on en ait conscience, le pèlerinage a déjà commencé !
Un des participants affirme par exemple : « Je suis arrivé sur ce pèlerinage plein de doutes et d'appréhensions. »
Et personne n'est à l'abri de voir ces combats nous prendre à tout moment durant le pèlerinage :
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« Paul est une personne qui ne communique pas avec les gens dont il n'est pas proche. Nous avons eu trois heures de silence. Trois heures où nous avons essayé de rentrer en communication l'un avec l'autre sans y arriver. À ce moment-là, j'ai eu beaucoup de doutes. Je me suis dit : "Mais qu'est-ce que je fais là ? Je ne vais jamais arriver à tenir ces quelques jours". »
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Un voyage au cours duquel les expériences spirituelles surgissent à l'improviste
Les expériences spirituelles, qui constituent la fine pointe du pèlerinage, sont également ce dont il serait vain de parler de façon générale. Chaque expérience est unique. Le mieux est sans doute d’écouter ceux qui les ont vécues.
Ce peut être, par exemple, un moment d’intimité profonde avec un malade :
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« Je me suis alors tourné vers Jean, qui avait du mal à verbaliser et n'avait pas encore fait ses intentions de prière. Plusieurs hospitalières avaient essayé, sans réussite. J'ai été vraiment touchée car, après quinze minutes, nous sommes arrivés à entrer en contact et à rédiger ses intentions, qui étaient d'abord pour ses parents qu'il aimait tant »

Ou encore la découverte que celui qui apporte le plus à l'autre n'est pas celui qu'on croit :
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« Je suis quelqu'un de relativement fermé et, avec Jean, un autre malade, cela a été une découverte formidable. C'est l'une des personnes avec qui j'ai le plus parlé sur terre. On a parlé de tout, de la vie, mais d'une autre manière : avec les mains, avec les yeux, avec le ressenti de l'un et de l'autre. Ce fut vraiment une grâce pour moi de pouvoir l'accompagner — je ne dirais pas de m'occuper de lui, puisqu'il s'occupait plus de moi que moi de lui. »
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« Nous donnons beaucoup à nos seigneurs, mais cela est certainement réciproque. »
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« Durant les deux heures de la messe, j'ai vraiment ressenti une transformation, mais aussi un accompagnement de la part de Jacques, un de nos malades. Les rôles étaient inversés : c'était lui qui me levait le pouce pour me demander si j'allais bien. nous étions comme connectés par l'Esprit Saint. »
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Une occasion d'être témoin des fruits qu'apporte le pèlerinage
Malgré la fatigue, qui se mesure notamment dans le train du retour.

et bien qu'à l'image des pèlerin d'Emmaüs, on en prennent souvent conscience une fois que les malades on disparus, ces fruits sont multiples et divers.
Tant pour les hospitaliers :
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« Moi qui étais d'un naturel stressé, je me suis senti apaisé, disons-le : totalement libre »
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« J'ai ressenti un véritable changement dans ma vision de l'avenir. Moi qui avais peur d'exprimer ma foi et peur de la mort, j'ai compris à ce moment-là que nous ne sommes que de passage. On passe son temps à se plaindre, mais est-ce que cela fait avancer les choses ? Ne vaudrait-il pas mieux arrêter de se plaindre, vivre sa vie et s'en remettre au bon vouloir de Dieu ? C'est la leçon apprise durant ces jours : il n'y a pas à être jugé ou à juger, il y a juste à vivre selon la volonté du Seigneur. »
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« Je n'ai pas vécu cela comme une période de cinq jours, mais comme un mois entier. Le sommeil est peu récupérateur, mais la fatigue ne vous assomme pas. Servir les autres vous fait découvrir un autre visage de vous-même. Je crois que cela vous ouvre le cœur, ou vous permet de l'agrandir s'il est déjà ouvert. »
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Que pour les malades :
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« L'année dernière, en revenant de son premier pèlerinage à Lourdes, Philippe, qui souffre de déficiences intellectuelles et a des troubles du comportement, n’a rien raconté mais simplement répondu « oui » à la question « c’était bien ? ça t’a plu ? » On voyait la fatigue sur son visage mais il était paisible puis au fil des semaines, il s’est mis à s’exprimer spontanément et à faire parfois une phrase construite. Il était beaucoup plus tranquille et détendu.
Et surtout il s’est mis à nous dire tout le temps « merci » lors de ses visites en famille et au téléphone. »
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« Cette année, quelques jours après son retour, j’ai été témoin d’une scène très touchante dans son foyer : Paul a pris en charge affectueusement et tendrement, lors d’un goûter d’adieu, d’une résidente âgée, trisomique, diabétique, en fauteuil roulant qui devait être transférée définitivement dans un autre établissement.
Il la faisait boire, se penchait vers elle avec délicatesse, l’encourageait, lui parlait dans l’oreille, se mettait à sa portée : l’image du Bon Samaritain…… !
Il reproduisait et jouait à la perfection le rôle d’un hospitalier de Lourdes ! »
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Pour conclure… jusqu'au prochain pèlerinage
On peut dire qu'en prenant soin des malades durant ce pèlerinage, c'est bien le Christ que l'on a servi. Ce qui justifie pleinement leur appellation traditionnelle dans l'Ordre de Malte : "Nos Seigneurs les malades".
Pour conclure on peut dire que l'un des fruits le plus frappant de cette expérience commune de rencontre du Christ à travers les malades est le lien et l'unité qu'elle crée entre tous les participants au pèlerinage… et qui nous pousse à revenir d'année en année…

Et je crois que je ne suis pas le seul à le penser :
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« Avant le pèlerinage j’avais peur du rythme des journées, de ne pas me sentir à ma place, d’être en trop… mais depuis qu’on est revenu à notre « vie normal » j’attends qu’une seule chose c’est d’y retourner l’année prochaine. »
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« Les amitiés qui se forgent dans un tel environnement sont fortes, et le lien qui se crée avec les seigneurs est très fort. Ce fut un séjour inoubliable, et je conseillerais à tous et à toutes de le faire. »
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(Pour des raisons de confidentialité, les prénoms ont été modifiés et il n'y a pas de liens systématiques entre les personnes présentes sur les photos et les textes)







