L’un des signes les plus caractéristiques des Chevaliers de Justice (ou Chevaliers profès) de l’Ordre Souverain de Malte est la "stola", également appelée "cordon". Cet ornement, richement brodé des Instruments de la Passion, est porté par les religieux de l’Ordre lors des cérémonies liturgiques
Une tradition ancienne et toujours vivante
Le Cérémonial de Profession , approuvé par le pape Urbain VIII et toujours en vigueur, précise que la stola est imposée au nouveau religieux comme un rappel permanent :
« de la douloureuse Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, qui a souffert pour nous sur la Croix, vous rappelant souvent que ceci est la corde avec laquelle il a été lié ; ceci sont les fouets avec lesquels il a été battu ; ceci est la colonne où il a été attaché et cruellement flagellé ; ceci sont les dés, et ceci l’éponge, et enfin ceci est la Croix sur laquelle notre Seigneur Jésus-Christ a souffert pour nous, qui doit être votre guide et vous instruire dans toutes vos entreprises, et pour tout le temps de votre vie. »
La stola symbolise ainsi le joug du Christ (Mt 11, 29-30) : « Prenez sur vous mon joug […]. Car mon joug est aisé et mon fardeau léger. »
Elle rappelle au chevalier profès qu’il s’engage à porter ce joug « avec la patience et la charité qu’Il attend de vous, comme un vrai religieux et comme un chevalier honoré ».
Origines historiques
Concernant son origine, trois théories principales coexistent :
- Théorie du linge liturgique (la plus ancienne) : elle viendrait d’un orarium (ou orarion ), une sorte de mouchoir ou serviette portée autour du cou pour s’essuyer la bouche ou le visage. Ce serait le même type de linge que le manipule, mais porté autrement.
- Théorie de l’insigne de dignité (aujourd’hui la plus retenue) : elle dériverait d’une écharpe d’office des fonctionnaires de l’Empire romain. Quand le clergé a acquis un statut officiel après Constantin, il a adopté ces insignes de rang.
- Théorie orientale : l’ orarium apparaît d’abord en Orient (IVe-Ve siècle) comme insigne distinctif du diacre (mentionné au concile de Laodicée, can. 22). Il s’est ensuite répandu en Occident.
Développement en Occident :
- Premières mentions claires en Espagne et en Gaule aux VIe-VIIe siècles (conciles de Braga 563, Tolède 633).
- À Rome, l’usage se généralise un peu plus tard (VIIIe-IXe siècle).
- Le nom stola (du grec stolē = vêtement) apparaît en Gaule et remplace progressivement orarium à partir du IXe-Xe siècle.
- Au Moyen Âge, elle devient l’insigne par excellence des ordres sacrés (diacre, prêtre, évêque).
Concernant son usage dans l'Ordre de Malte :
La plus ancienne représentation connue de la stola figure sur le monument funéraire de fra’ Bertucci Contarini, prieur de Venise, décédé en 1490. Cette pierre tombale se trouve encore aujourd’hui dans l’église prieurale Saint-Jean-Baptiste de Venise.

Les statuts de 1585 montrent déjà qu'à cette époque, la stola était accrochée dans le dos au niveau du cou et laissée pendre dans le dos. Aujourd’hui, elle est toujours portée attachée au cou mais le haut de l'étole est fixé dans le dos au niveau du col puis revient vers l'avant pour passer au dessus de l'avant bras gauche, d’une manière qui rappelle, dans sa disposition, le manipule liturgique.
Cette tradition n’est pas réservée aux seuls chevaliers profess. Les religieuses professes de plusieurs monastères de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem l’ont également portée. La prieure du monastère de Sant’Orsola à La Valette continue d’ailleurs de l’utiliser de nos jours.
Description des broderies
La stola est ornée de multiple scènes richement brodées dont les principales sont les Arma Christi ( instruments de la Passion) dont les principales sont cinq scènes successives :
- La Croix avec le Titulus crucis (INRI), la couronne d’épines, le roseau portant l’éponge imbibée de vinaigre, et la sainte lance qui a percé le côté du Seigneur.
- Un cartouche portant l’inscription SITIO (« J’ai soif »), accompagné du marteau et des pinces utilisés pour la crucifixion, ainsi que de la scène du baiser de Judas.
- Le voile de Véronique, le coq dont le chant rappela à saint Pierre son reniement, et d’autres instruments de la Passion.
- La colonne de la flagellation et les fouets, la tunique sans couture, l’épée tirée par un disciple au jardin des Oliviers, et la bourse contenant les trente deniers de Judas.
- Un cartouche portant la légende CONSUMMATUM EST (« Tout est accompli »), suivi des dés avec lesquels les soldats tirèrent au sort la tunique du Seigneur, de la cruche avec laquelle Pilate se lava les mains, et enfin de la croix octogonale de l’Ordre.
Ces scènes peuvent être complétées par différents symboles qui viennent les compléter tels qu'une bourse, une épée, des dés, etc. comme le montre l'exemple suivant :

Et voici quelques ornements vus de près

Un ornement unique dans l’Église
L’Ordre de Malte est le seul ordre religieux laïc de l’Église catholique à posséder un tel ornement propre à ses membres profès. La stola n’est pas un vêtement liturgique au sens strict (comme l’étole ou le manipule du prêtre), mais un signe distinctif de la profession religieuse. Elle est reçue lors de la cérémonie de profession solennelle et fait partie intégrante de l’habit des Chevaliers de Justice.
Par la méditation des images qu’elle porte et des paroles du Christ qu’elle rappelle ( Sitio et Consummatum est ), la stola invite chaque chevalier profès à unir sa vie au mystère de la Croix, source de sa vocation religieuse et chevaleresque.







